COMMENT ÉTUDIER L’HISTOIRE JUIVE
Qu’est-ce que l’HISTOIRE JUIVE ?
La Thora et les livres des Prophètes sont des livres de Lois, mais ils se présentent à nous comme des livres d’histoire, pour quelle raison ? Ce que nos Maîtres nous ont transmis à ce sujet est que c’est afin que nous nous rendions compte que l’Histoire est autant une Révélation de la Volonté divine que le serait la Loi. Si c’est ainsi nous devons essayer d’avoir la même approche des événements historiques que nous aurions d’un texte du Talmud, ou de la Bible.
Par exemple avoir la probité intellectuelle de considérer les textes de la Bible ou de l’époque talmudique comme des documents historiques autant que des documents “religieux” ne rien occulter, s’efforcer de comprendre, etc.
Comment comprendre l’histoire de la période biblique?
L’objectivité en histoire juive.
Dans la Bible, l’histoire est centrée sur les personnages, et l’enseignement doit passer par une situation historique de ces personnages afin de mieux les comprendre. On y voit souvent qu’un événement est annoncé : il a un sens. Si par exemple on voudrait enseigner le déluge en disant : « Un grand cataclysme a détruit presque toute l’humanité, mais après, petit à petit la vie a repris sur terre grâce à Noah et sa famille. » C’est sans aucun doute une description historique du Déluge, mais dans un soucis d’objectivité, on a enlevé tout le sens de l’événement biblique. Il y a falsification par omission. En aucun cas une Histoire Juive ne pourra enlever son sens à un événement. Si nous n’avons plus de Prophètes nous ne connaissons plus le vrai sens des événements, mais nous devons nous efforcer d’essayer de comprendre le message de la Providence. Si, parfois, nous ne le faisons pas ce n’est pas par objectivité historique, mais parce que, là le sens nous échappe.
Une différence fondamentale de notre approche de l’histoire est de mettre en valeur à travers la vie des Maîtres de la Thora, la dégradation des générations (yeridath hadoroth). Les historiens, d’habitude, ne voient que les progrès des sciences, et de la civilisation. Depuis le “singe” de Darwin, jusqu’à nos jours, l’Homme serait en progrès constant, mais la tradition juive nous enseigne que nous ne sommes que des “nains sur les épaules de géants” (expression du Hafets-Hayim) et si les résultats se cumulent, les individus n’arrivent pas à la madréga (niveau spirituel) des générations précédentes. Mettre en valeur la grandeur des Maîtres des générations précédentes renforcera notre Emouna, notre confiance dans leur enseignement.
Les diverses étapes de l’histoire.
Dans l’histoire Post Biblique: la période talmudique ( de -200 à +600 environ de E.C.)
La transmission et le développement de la Loi Orale est le thème central de cette période. Comme nos maîtres nous ont transmis: “ Il y a eu 2.000 ans de Thora” (Avoda Zara 7a). Si c’est le sens de cette période, il faudra montrer à travers les biographies des auteurs du Talmud comment ceci a pu se réaliser. Par exemple décrire leur probité intellectuelle, leur prudence avant d’établir des décrets préventifs, leurs efforts pour arriver à une Thora claire et leurs réactions devant la destruction du Bet-Hamikdach, et les martyrs des Romains.
On étudiera dans la période des Gaonim (de l’an 600 à 1.000 env) la “gestion centralisée” des problèmes du peuple juif par le Gaon, la façon modèle dont étaient organisés leurs mois d’études (Yarkhé Kallah), et comment l’empire musulman en a été le moyen. On constatera la Providence de ce développement avant la montée du Christianisme d’Europe.
Dans la période du Moyen -Age on montrera comment les Richonim ont su résister à toutes les difficultés de l’antisémitisme chrétien, les croisades, les expulsions, les superstitions des croyances naïves de cette époque. Les différentes réactions aux pressions des Goyim, nous montrent comment les conditions dans lesquelles vivaient les Juifs de chaque pays ont influencées notre peuple.
Les bases des explications du Talmud que les Richonim ont posées ne seront plus contestées par la suite. C’est une période dont on respecte les grands Maîtres non seulement pour leur savoir, mais aussi nous savons apprécier leur niveau (madréga).
Puis vient la Renaissance, c’est le début des Acharonim. Une Histoire Juive digne de ce nom doit montrer comment la pensée juive évolue au fil des siècles, par rapport à l’évolution de la mentalité des peuples parmi lesquels on séjourne. Ces problèmes sont vécus , de l’intérieur par les grands maîtres de chaque génération qui étaient les vrais dirigeants du peuple jusqu’a une période récente. Le peuple juif à une tradition et une culture, et les documents historiques de ces maîtres ne sont pas toujours connus du public.
De même que, dans une bonne biographie, on se doit de parler des problèmes du personnage étudié, de même en histoire juive, le problème du peuple juif est celui de la transmission de son patrimoine religieux culturel. On ne saurait concevoir une histoire qui ne montrerait pas la différence entre les Richonim et les Acharonim. Ce serait comme ne pas faire de différence entre l’enfance et l’adolescence d’un personnage.
Les réactions de nos Maîtres à la Renaissance nous permettent de comprendre leur approche du conflit avec la Modernité.
C’est aux XVII et XVIII que sont rédigés les grands commentaires du Shulhan Aroukh, et que sont diffusées les œuvres des grands Cabalistes. Les œuvres du Maharal de Prague, ou du Rav M.H. Luzzato ne sauraient être qualifiées de mineures, (car elles n’ont pas été traduites en français) car leur philosophie de l’histoire est incontournable pour tous les penseurs juifs modernes. Toute la tradition juive contemporaine est basée sur ces textes. Néanmoins certains livres d’histoire en français n’en parlent pas, car il y a là des documents auxquels ceux qui ne connaissent pas l’hébreu n’ont pas accès.
Dans la période contemporaine, il n’est pas possible de ne parler que des acteurs politiques du peuple juif, comme malheureusement c’est le cas dans de nombreux livres. Les grands Maîtres du Moyen Age leur sont connus, mais dès que l’on arrive à la période Moderne, on ne voit plus que des personnages laïcs. Il est impensable de marginaliser le fait religieux dans une histoire authentiquement juive. Certains livres pêchent par déséquilibre. Dans notre monde juif actuel, le Baal-Chem Tov et le Gaon de Vilna sont beaucoup plus importants par leurs disciples, par les écoles qu’ils ont fondées, lesquelles sont très vivantes, bien plus que le faux messie Shabbatai-Zvi, don’t il ne reste plus rien. Il ne serait pas convenable de donner plus de place à lui qu’à eux. L’importance d’un fait ou d’un personnage doit être défini en fonction de critères : soit par rapport à leur aptitude à expliquer le présent, soit par rapport à la définition du judaïsme.
Le message du Baal-Chem-Tov a provoqué une révolution extrêmement positive dans la mentalité juive, et est vécu par une grande partie de notre peuple jusqu’à nos jours.
Dans le domaine de l’étude de la Thora, le Gaon de Vilna a innové une méthode dont les répercussions dépassent largement le cadre du monde des yeshivoth, et vont, par exemple, jusqu’à la pensée d’un philosophe reconnu de tous qu’a été M. Emanuel Levinas. On ne peut pas se contenter de le définir uniquement comme celui qui s’est opposé au Baal-Shem-Tov.
Dans le judaïsme Sépharade, il y a eu des Grands Maîtres, dans les siècles précédents, et c’est en se penchant sur leur histoire que l’on pourra comprendre la situation actuelle.
La laïcisation du peuple juif est un phénomène récent,( XIX ème siècle) Il faut l’expliquer, et voir comment il a été vécu dans toutes les parties du peuple. Nous ne voyons, dans les manuels actuels, que la réponse de Rav S.R.Hirsch, la “néo-orthodoxie” mais on n’entend rien de l’intellectualisme des Grandes Yechivoth de Lithuanie, ou des divers courants du Hassidisme qui, en fait, sont aussi une réponse à la Haskala. Si de nos jours une minorité du peuple juif a accès à la Thora, est-ce pour cela un phénomène mineur, marginal? Envisageriez-vous un calendrier juif dans lequel serait imprimé Yom Haatsmaouth, et non Pourim, sous prétexte que Yom Haatsmaouth est un jour férié en Israël, alors que Pourim n’est pas chômé? La Tradition Juive, même peu respectée fait partie de la définition du Peuple Juif.
Le Renouveau.
La reconstruction du peuple juif et l’État d’Israël, après la Shoah sont des événements historiques majeurs de notre génération. Mais pourquoi n’en voir que les artisans laïcs et politiques? Le peuple juif compte des Grands Maîtres dont l’apport est négligé. Le Hafets-Hayim,( décédé en 1934) avait prévu la Shoah et conseillé vers la reconstruction. Le Hazon-Ish (décédé en 1954) a été non seulement le fondateur spirituel de Bené-Berak, (près de 150 000 habitants) mais le moteur puissant du renouveau du monde des Yechivoth. Si les notions de Collel, ou de Beth-Yaacov sont devenues banales, c’est grâce à lui. On a trop tendance à écrire l’histoire juive à la façon de l’histoire des autres nations, et il faut trouver la façon typiquement juive. Celle qui tient compte du facteur Toraïque, car c’est là l’âme du peuple juif. Le mouvement de Techouvah actuel et l’engouement pour l’étude des préceptes sur le Lashon-Hara, sont-ils trop frais pour être classé “monuments historiques” ? Je ne le pense pas, car ils s’inscrivent dans le sens de l’âme juive qui retrouve son identité. De même que dans la Bible les événements de l’ensemble du Peuple sont constitutifs de la personnalité de chaque juif, de même à notre époque, après la Choah, il y a une recherche d’identité, tant individuelle que collective.
Un bon manuel d’histoire juive doit décrire cette âme juive dans son contexte historique. Il existe déjà des ouvrages de ce style en hébreu, et en anglais, et espérons que cela viendra prochainement aussi en français.…cela aussi c’ est une partie de notre histoire.
Pour rédiger cet ouvrage je me suis servi des ouvrages de :
Moshé Auerbach, traduit par Rav S.Breisacher,
Rav Shimon Feder , de Bené Berak,
Rav Yihiel Stern de Jérusalem,
Rav Yekoutiel Friedner, de Jérusalem,
Encyclopédie Eisenstein, (1915)
I.M.Weisz de Bené Berak.